La chaîne de Ponzi n’a rien à voir avec la microfinance !

Au début du siècle, Carlo Ponzi, immigrant italien, rebaptisé Charles, débarque aux États-Unis sans un sou en poche. Dix-sept ans plus tard, établi à Boston et marié à Rose Gnecco, elle-même issue d’une famille d’immigrés italiens, il se lance dans le commerce de coupons-réponses internationaux et fait fortune en garantissant des taux d’intérêt astronomiques. Sa combine : rémunérer ses clients grâce aux investissements des nouveaux entrants. Les dollars pleuvent, jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert…

L’immigrant inventa la chaîne de Ponzi, une pyramide décrite et théorisée en 1986 par l’économiste Hyman Minsky. Ponzi s’était aperçu d’un décalage de prix entre l’Italie et les États-Unis sur les timbres-poste internationaux. Il achetait ces « coupons-réponses » en Italie, les échangeait contre des timbres américains, plus chers, puis les revendait contre du cash, réalisant 50% de rendement sur 45 jours.

Rien d’illégal, en apparence, sauf quand il se mit à proposer ces rendements au public, via une société d’investissement, la Securities Exchange Company (SEC, rien à voir avec le gendarme de la Bourse américaine). Environ 20.000 personnes investirent 15 millions de dollars dans ce schéma, fondé sur l’arrivée régulière de nouveaux investisseurs. Lorsque le pot aux roses fut découvert, on s’aperçut que pour offrir les rendements promis, il aurait fallu 160 millions de coupons. Or, seulement 27.000 étaient en circulation. Ponzi fut condamné à cinq ans de prison, puis extradé en Italie.

LE BITCOIN

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Le système inventé par Charles Ponzi sévit désormais dans le monde du Bitcoin qui a connu plusieurs affaires de ce type ces dernières années. Dernière en date : en février 2015, d’après le South China Morning Post, la société Hong-Kongaise MyCoin est suspectée d’avoir mis en place une chaîne de Ponzi à grande échelle. Les clients étaient appâtés par un rendement exorbitant : pour un dépôt de 400.000 dollars (environ 350.000 euros), le client était assuré de remporter un million de dollars (880.000 euros) au bout de quatre mois. Pour les clients désireux de parrainer une autre personne, MyCoin  promettait des voitures de luxe en cadeau. Le préjudice pourrait s’élever à près de 400 millions de dollars (378 millions d’euros) au total.

L’autre malversation de grande ampleur autour du bitcoin utilisant le système de Ponzi est survenue quelques années auparavant. En 2013, l’Américain Trendon T. Shavers, est épinglé par le gendarme boursier américain pour avoir mis en place un système de Ponzi reposant sur les Bitcoins, représentant une somme de 4,5 millions de dollars (4,2 millions d’euros). L’homme a sollicité les investisseurs pour qu’ils placent leurs bitcoins sur sa plateforme Bitcoin Savings and Trust (“BST“) qui promettait un retour sur investissement de 7%. Pour justifier ces profits, le fondateur de cette plateforme assurait faire partie des acteurs pouvant agir sur l’arbitrage du bitcoin pour des cas particulier. Le système a amorcé sa chute lorsque Trendon T. Shavers a annoncé une baisse des rendements à 3,9% en octobre 2012, car les sommes en jeu devenaient trop importantes pour maintenir les taux d’intérêts du départ. BST a fini par faire défaut quelques mois plus tard.

Une question revient régulièrement. Le système bitcoin est-il une chaîne de Ponzi naturelle ? En mars 2014, Eric Straumann, député UMP, assurait que le bitcoin “peut être assimilé à un schéma de Ponzi” jugeant que le système éclatera lorsque les arrivants sur ce marché se feront plus rares. Il proposait de l’interdire purement et simplement en France. Ce à quoi l’association Bitcoin France avait répondu: “La comparaison avec le ‘scheme’ de Ponzi paraît tout à fait hasardeuse à plusieurs égards“, car “l’achat et la vente de bitcoins entre particuliers ou entreprises ne produisent aucun intérêt”.

Le banquier d’affaires Georges Ugeux rejoignait quant à lui l’analyse du député en février 2014 dans une publication sur le site du Monde. Il expliquait que le bitcoin fonctionne sur le modèle  “d’une performance exceptionnelle qui ne repose sur rien. Il faut que les investisseurs continuent à remplir le gouffre, jusqu’à ce que la musique stoppe.” Pour soutenir sa thèse, il rappelait la volatilité de cette unité de compte numérique. En “une semaine, la valeur de marché du bitcoin, en novembre 2013, est montée de 2 à 12 milliards de dollars et s’est repliée en un jour de 5 milliards.”

 

Un entrepreneur toulousain franco-américain, Mike Layani et son associé Jean-Marc Brus auraient poussé plus de cent Toulousains à investir dans des fermes de crustacés au Brésil, pendant trois ans dans les années 2000. Les taux d’intérêts promis allaient de 20% à 200% par an.

Les investisseurs dupés (agriculteurs, médecins, retraités, commerçants, ouvriers, chefs d’entreprise) ont engagé chacun 10 000 à 800 000 euros pour un total de 16 millions d’euros. Pour convaincre ces derniers de lui accorder leur confiance, Mike Layani les convoquait à des soirées mondaines dans une villa de luxe au Brésil. Et comme dans un système classique de Ponzi, l’argent des nouveaux investisseurs, remboursait les investissement des précédents.

En outre, Mike Layani a également monté une affaire de ce type au Maroc où il proposait d’investir dans une usine de couches-culottes. La Tracfin, qui s’est intéressée à ses affaires a fini par alerter le Service régional de police judiciaire à Toulouse.

LES CAS FRANCAIS

Sylviane Hamon est une ancienne employée de banque à Bourgueil (Indre-et-Loire).  Elle est soupçonnée d’avoir soutiré et détourné près de trois millions d’euros (des centaines à des centaines de milliers d’euros par personne) à une quarantaine de connaissances et des membres de son entourage proche.

L’escroquerie aurait débuté en 2007 suite à son licenciement de la banque la même année. Elle affirmait travailler pour le compte d’une société de crédit et promettait des placements juteux avec des retours sur investissement allant de 10% et 30% d’intérêts. Pour les mettre en confiance, elle mettait en avant des contacts poussés dans le milieu bancaire. Les capitaux investis par les nouvelles victimes payaient les intérêts versés aux premiers « investisseurs ».

 

Un entrepreneur toulousain franco-américain, Mike Layani et son associé Jean-Marc Brus auraient poussé plus de cent Toulousains à investir dans des fermes de crustacés au Brésil, pendant trois ans dans les années 2000. Les taux d’intérêts promis allaient de 20% à 200% par an.

Les investisseurs dupés (agriculteurs, médecins, retraités, commerçants, ouvriers, chefs d’entreprise) ont engagé chacun 10 000 à 800 000 euros pour un total de 16 millions d’euros. Pour convaincre ces derniers de lui accorder leur confiance, Mike Layani les convoquait à des soirées mondaines dans une villa de luxe au Brésil. Et comme dans un système classique de Ponzi, l’argent des nouveaux investisseurs, remboursait les investissement des précédents.

En outre, Mike Layani a également monté une affaire de ce type au Maroc où il proposait d’investir dans une usine de couches-culottes. La Tracfin, qui s’est intéressée à ses affaires a fini par alerter le Service régional de police judiciaire à Toulouse.

FONCTIONNEMENT

​DE PONZI

Environ 20.000 personnes investirent 15 millions de dollars ​dans ce schéma

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UNE ESCROQUERIE

TRÈS ACTUELLE

Bernard Madoff est le plus célèbre escroc ayant utilisé le système de Ponzi. Ce New-Yorkais a connu une ascension fulgurante dans la finance. En 1960, à 22 ans, il crée  une société de courtage avec 5000 dollars en poche : la Bernard Madoff Investment Securities. Celle-ci prospère en dépit d’une concurrence acharnée et rejoint le Nasd dans la décennie, dont les membres créeront le Nasdaq en 1971. En 15 ans, l’homme devient l’un des principaux acteurs financiers mondiaux, grâce à une niche de la finance : le grand public et les traders à l’activité restreinte. Bernard Madoff, grâce à son fonds Bernard Madoff Investment Securities et sa renommée, recueille des capitaux qu’il réinvestit par la suite dans des hedge funds. Au sommet au début des années 1990, il devient président du Nasdaq de 1990 à 1991 et en 1993.

Dans ce système, si la mise investie par les clients n’était pas récupérée, le schéma de Ponzi entrait en jeu : les capitaux placés par les nouveaux entrants permettaient de payer les clients précédents. Ainsi, les taux d’intérêt fixés, pouvant atteindre les 15%, étaient maintenus, et les investisseurs continuaient de faire confiance à Bernard Madoff.

Mais la crise boursière de 2008 a dévoilé au grand jour ses pratiques. Les investisseurs ayant engagé des capitaux dans sa société ont alors souhaité récupérer les sommes engagés. Impossible. Bernard Madoff a été condamné le 29 juin 2009 à 150 ans de prison.

Cette fraude boursière qui a débuté dans les années 1970 est la plus importante de l’histoire. De par son montant : l’escroquerie s’élève à 65 milliards de dollars (61,5 milliards d’euros); et son étendue géographique: les clients touchés venaient des 4 coins du monde. Des petits épargnants, fondations, investisseurs ont été floués, ainsi que des banques.Du côté de l’Hexagone, selon l’autorité des marchés financiers, 500 millions d’euros placés par des épargnants français auraient été perdus.

Les autorités financières, en particulier le gendarme américain des opérations boursières (Sec), n’y ont vu que du feu. Ce dernier a pourtant contrôlé le fonds d’investissement de Maddoff plus de 20 fois.

La Société Générale toutefois avait flairé l’imposture. Suite à un audit en 2003, elle avait estimé que le fonds de Maddoff dégageait des rendements bien trop élevés pour être crédible.

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