La micro économie

En ces temps incertains où les modèles macroéconomiques ultralibéraux basés sur l’individualisme et la concurrence non faussée de croissance peuvent (vont ) s’effondrer, Claude Guillemain, expert international pense que la micro-finance solidaire pourrait devenir prochainement une alternative de survie au niveau local. Cette vidéo est produite par le Club de Réflexion des Patriotes Paimpolais, une entité virtuelle mais qui peut devenir réelle, proche du Front national. Il se peut que les expertises de Claude Guillemain pourraient nous être utiles surtout en cas de guerre mondiale. Pensez-y.

Publié dans Non-classé | Commentaires fermés sur La micro économie

Associations tontinières

placement-tontineLes tontines revivent aujourd’hui dans un contexte où les banques refusent d’intervenir. Des groupes d’amis, voisins ou collègues peuvent se constituer afin de proposer, sur la base de la confiance, des aides à chacun des membres : les cotisations des membres et les remboursements permettent de financer les projets suivants. Ce système est possible car il y a de vraies relations sociales. Dans des contextes plus individualisés, ce sont les organismes de microcrédit qui prennent le relais. Dans certains pays d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie, la tontine s’opère sous forme d’associations plutôt que de placements. La tontine est aussi appelée cotisations en Afrique subsaharienne.

Fonctionnement

Il existe deux grandes familles de tontines : les tontines rotatives et les tontines à accumulation.

Tontine rotative

Les participants d’une tontine s’engagent à verser une somme pré-déterminée à une fréquence donnée. Pour chaque tour de versement, un des participants est désigné pour être le bénéficiaire des fonds des autres participants. Deux modes de désignation du bénéficiaire existent : soit il y a tirage au sort avant chaque versement, soit le tirage au sort est fait une seule fois au début du cycle et les participants bénéficient des versements en fonction du numéro qu’ils ont tiré au sort.

Voir note en bas de page : (1)

Lorsque tous les participants ont été bénéficiaires des fonds une fois, le cycle de la tontine est terminée. À la fin du cycle (quand tous les participants ont déjà reçu les versements) un nouveau cycle est généralement entamé.

Pour le premier bénéficiaire, la tontine s’apparente à un crédit. Pour le dernier participant, la tontine s’apparente à une épargne.

Le nombre des participants à une tontine est en principe connu au début du cycle. Cependant, d’autres membres peuvent rejoindre la tontine avant que tous les anciens participants aient bénéficié des fonds. Dans ce cas, chaque nouvel arrivant donne son épargne à chacun des anciens participants qui ont déjà perçu les versements. La tontine est très utilisée par des groupes de femmes modestes des cités françaises.

Tontine à accumulation

Dans une tontine à accumulation, les cotisations ne sont pas redistribuées à un des membres mais accumulées dans la caisse de la tontine. Les fonds ainsi collectés appartiennent à la tontine jusqu’à ce que les membres décident d’effectuer un partage, c’est-à-dire de redistribuer tout l’argent accumulé aux membres, au prorata de ce qu’ils ont cotisé.

Entre-temps l’argent de la tontine est investi de la façon dont les membres en ont décidé collectivement. Le plus souvent, les fondssont octroyés aux membres sous forme de crédit. Les conditions du crédit sont décidées collectivement (conditions d’obtention, durée, intérêt, échéances de remboursement, recouvrement et sanctions en cas de retard dans le remboursement, etc.). Ainsi les membres empruntent auprès de la tontine pour mener des activités économiques. Ils remboursent ensuite la tontine, capital et intérêts. Les crédits étant souvent courts avec des intérêts relativement élevés, les fonds disponibles s’accroissent rapidement, ce qui permet aux membres d’emprunter plus, plus longtemps, et ainsi de développer progressivement leurs affaires. Au moment du partage, les membres reçoivent nettement plus que ce qu’ils ont cotisé. Ainsi, ceux qui ont avant tout besoin d’épargner et ceux qui ont avant tout besoin de crédit y trouvent tous leur compte. La somme importante ainsi récupérée peut permettre un investissement à plus long terme, ou de faire face à une dépense importante prévisible (fête religieuse ou familiale, frais de scolarité, etc.).

De plus, les tontines à accumulation offrent souvent des services d’assurance à leurs membres, en cas d’accident, de maladie, de décès d’un proche, etc. Ces assurances peuvent prendre la forme de cotisations exceptionnelles (qui sont données au membre affligé) ou de crédits d’urgence, sans intérêt et avec une souplesse dans le remboursement.

Ces tontines connaissent un vif succès en Afrique grâce à la palette des services financiers qu’elles offrent (épargne, crédit, assurance), et ce de manière extrêmement souple, accessible et compétitive.

Il existe une autre méthode selon laquelle la cagnotte (l’argent cotisé par les participants) est vendue aux enchères ; ne prennent part à cet exercice que les participants n’ayant pas bénéficié (acheté) à l’avance et surtout ceux qui sont dans le besoin de financement ; c’est ainsi que le taux d’achat varie selon les besoins des différents enchérisseurs. Les intérêts collectés sont partagés par les membres à la fin du cycle.

Autre

Dans bien d’autres cas, les deux modes de tontine (rotative et à accumulation) sont pratiqués simultanément. Cette pratique est généralement observée au Cameroun. Cette façon de cumuler les deux types de tontine ramène un peu plus de sécurité pour les membres, car la tontine cumulative qui est une caisse dont le contenu ne sera redistribué aux membres qu’à la fin du cycle peut quelquefois être prêtée à un membre pour l’aider à cotiser à la tontine rotative. Au Cameroun, quand les deux modes de tontines sont pratiqués simultanément, la tontine cumulative est appelée « caisse d’aide ». Le montant des cotisations de cette caisse est généralement inférieur à celui de la tontine rotative.

Note (1)

Les tontines financières:

Contrairement aux tontines commerciales, oul’on cherche au maximum a récupérer l’argent déposé, les dépôts effectues ici par l’ensemble des adhérents sont mis aux enchères selon des modalités statutairement définies.

Le participant le plus offrant paie donc un interet pour emprunter l’argent de la tontine. Le taux diminue a mesure que les tours se succèdent puisque les candidats sont de moins en moins nombreux et que la durée restant a courir est de plus en plus courte. Le produit de ces enchères est ensuite reparti entre les participants qui, quelle que soit leur propre enchère, se trouvent rémunérés de leurs propres versements. L’intérêt est négatif pour ceux qui ont besoin d’emprunter rapidement, et positif pour ceux qui ont pu attendre.

L’intérêt n’est pas le prix d’équilibre de l’offre et de la demande de liquidité a un moment donne, il résulte de l’étalement pendant le cycle des besoins de chacun.

La part de cotisation varie d’une tontine a une autre en fonction du niveau des revenus des membres et des objectifs qu’ils visent.

On peut signaler que cette forme de tontine est très présente au Cameroun ou elle est pratiquée par les Bamileke. Elle s’étend désormais a plusieurs pays voisins comme le Bénin, le Centrafrique ou le Burkina Faso. On trouve également ce type de tontines en Chine et à Taiwan.

Compte tenu de l’ensemble de ces facteurs, les sommes mobilisées peuvent aller des montants les plus modestes à des montants très importants. ( par exemple, les tontines des ménagères aux conditions modestes récoltent rarement plus de 1000 a 5000 francs CFA, celles des commerçants moyens et petits salaries peuvent distribuer a chaque tour plus de 5000 francs a 500000 francs CFA, et dans les tontines des grands commerçants, les sommes mises aux enchères peuvent s’élever a 50000000 francs CFA, soit plus de 76000 €)

 

Publié dans Microfinance, Réseau des Bretons de l'Etranger | Commentaires fermés sur Associations tontinières

La chaîne de Ponzi n’a rien à voir avec la microfinance !

Au début du siècle, Carlo Ponzi, immigrant italien, rebaptisé Charles, débarque aux États-Unis sans un sou en poche. Dix-sept ans plus tard, établi à Boston et marié à Rose Gnecco, elle-même issue d’une famille d’immigrés italiens, il se lance dans le commerce de coupons-réponses internationaux et fait fortune en garantissant des taux d’intérêt astronomiques. Sa combine : rémunérer ses clients grâce aux investissements des nouveaux entrants. Les dollars pleuvent, jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert…

L’immigrant inventa la chaîne de Ponzi, une pyramide décrite et théorisée en 1986 par l’économiste Hyman Minsky. Ponzi s’était aperçu d’un décalage de prix entre l’Italie et les États-Unis sur les timbres-poste internationaux. Il achetait ces « coupons-réponses » en Italie, les échangeait contre des timbres américains, plus chers, puis les revendait contre du cash, réalisant 50% de rendement sur 45 jours.

Rien d’illégal, en apparence, sauf quand il se mit à proposer ces rendements au public, via une société d’investissement, la Securities Exchange Company (SEC, rien à voir avec le gendarme de la Bourse américaine). Environ 20.000 personnes investirent 15 millions de dollars dans ce schéma, fondé sur l’arrivée régulière de nouveaux investisseurs. Lorsque le pot aux roses fut découvert, on s’aperçut que pour offrir les rendements promis, il aurait fallu 160 millions de coupons. Or, seulement 27.000 étaient en circulation. Ponzi fut condamné à cinq ans de prison, puis extradé en Italie.

LE BITCOIN

alt

Le système inventé par Charles Ponzi sévit désormais dans le monde du Bitcoin qui a connu plusieurs affaires de ce type ces dernières années. Dernière en date : en février 2015, d’après le South China Morning Post, la société Hong-Kongaise MyCoin est suspectée d’avoir mis en place une chaîne de Ponzi à grande échelle. Les clients étaient appâtés par un rendement exorbitant : pour un dépôt de 400.000 dollars (environ 350.000 euros), le client était assuré de remporter un million de dollars (880.000 euros) au bout de quatre mois. Pour les clients désireux de parrainer une autre personne, MyCoin  promettait des voitures de luxe en cadeau. Le préjudice pourrait s’élever à près de 400 millions de dollars (378 millions d’euros) au total.

L’autre malversation de grande ampleur autour du bitcoin utilisant le système de Ponzi est survenue quelques années auparavant. En 2013, l’Américain Trendon T. Shavers, est épinglé par le gendarme boursier américain pour avoir mis en place un système de Ponzi reposant sur les Bitcoins, représentant une somme de 4,5 millions de dollars (4,2 millions d’euros). L’homme a sollicité les investisseurs pour qu’ils placent leurs bitcoins sur sa plateforme Bitcoin Savings and Trust (“BST“) qui promettait un retour sur investissement de 7%. Pour justifier ces profits, le fondateur de cette plateforme assurait faire partie des acteurs pouvant agir sur l’arbitrage du bitcoin pour des cas particulier. Le système a amorcé sa chute lorsque Trendon T. Shavers a annoncé une baisse des rendements à 3,9% en octobre 2012, car les sommes en jeu devenaient trop importantes pour maintenir les taux d’intérêts du départ. BST a fini par faire défaut quelques mois plus tard.

Une question revient régulièrement. Le système bitcoin est-il une chaîne de Ponzi naturelle ? En mars 2014, Eric Straumann, député UMP, assurait que le bitcoin “peut être assimilé à un schéma de Ponzi” jugeant que le système éclatera lorsque les arrivants sur ce marché se feront plus rares. Il proposait de l’interdire purement et simplement en France. Ce à quoi l’association Bitcoin France avait répondu: “La comparaison avec le ‘scheme’ de Ponzi paraît tout à fait hasardeuse à plusieurs égards“, car “l’achat et la vente de bitcoins entre particuliers ou entreprises ne produisent aucun intérêt”.

Le banquier d’affaires Georges Ugeux rejoignait quant à lui l’analyse du député en février 2014 dans une publication sur le site du Monde. Il expliquait que le bitcoin fonctionne sur le modèle  “d’une performance exceptionnelle qui ne repose sur rien. Il faut que les investisseurs continuent à remplir le gouffre, jusqu’à ce que la musique stoppe.” Pour soutenir sa thèse, il rappelait la volatilité de cette unité de compte numérique. En “une semaine, la valeur de marché du bitcoin, en novembre 2013, est montée de 2 à 12 milliards de dollars et s’est repliée en un jour de 5 milliards.”

 

Un entrepreneur toulousain franco-américain, Mike Layani et son associé Jean-Marc Brus auraient poussé plus de cent Toulousains à investir dans des fermes de crustacés au Brésil, pendant trois ans dans les années 2000. Les taux d’intérêts promis allaient de 20% à 200% par an.

Les investisseurs dupés (agriculteurs, médecins, retraités, commerçants, ouvriers, chefs d’entreprise) ont engagé chacun 10 000 à 800 000 euros pour un total de 16 millions d’euros. Pour convaincre ces derniers de lui accorder leur confiance, Mike Layani les convoquait à des soirées mondaines dans une villa de luxe au Brésil. Et comme dans un système classique de Ponzi, l’argent des nouveaux investisseurs, remboursait les investissement des précédents.

En outre, Mike Layani a également monté une affaire de ce type au Maroc où il proposait d’investir dans une usine de couches-culottes. La Tracfin, qui s’est intéressée à ses affaires a fini par alerter le Service régional de police judiciaire à Toulouse.

LES CAS FRANCAIS

Sylviane Hamon est une ancienne employée de banque à Bourgueil (Indre-et-Loire).  Elle est soupçonnée d’avoir soutiré et détourné près de trois millions d’euros (des centaines à des centaines de milliers d’euros par personne) à une quarantaine de connaissances et des membres de son entourage proche.

L’escroquerie aurait débuté en 2007 suite à son licenciement de la banque la même année. Elle affirmait travailler pour le compte d’une société de crédit et promettait des placements juteux avec des retours sur investissement allant de 10% et 30% d’intérêts. Pour les mettre en confiance, elle mettait en avant des contacts poussés dans le milieu bancaire. Les capitaux investis par les nouvelles victimes payaient les intérêts versés aux premiers « investisseurs ».

 

Un entrepreneur toulousain franco-américain, Mike Layani et son associé Jean-Marc Brus auraient poussé plus de cent Toulousains à investir dans des fermes de crustacés au Brésil, pendant trois ans dans les années 2000. Les taux d’intérêts promis allaient de 20% à 200% par an.

Les investisseurs dupés (agriculteurs, médecins, retraités, commerçants, ouvriers, chefs d’entreprise) ont engagé chacun 10 000 à 800 000 euros pour un total de 16 millions d’euros. Pour convaincre ces derniers de lui accorder leur confiance, Mike Layani les convoquait à des soirées mondaines dans une villa de luxe au Brésil. Et comme dans un système classique de Ponzi, l’argent des nouveaux investisseurs, remboursait les investissement des précédents.

En outre, Mike Layani a également monté une affaire de ce type au Maroc où il proposait d’investir dans une usine de couches-culottes. La Tracfin, qui s’est intéressée à ses affaires a fini par alerter le Service régional de police judiciaire à Toulouse.

FONCTIONNEMENT

​DE PONZI

Environ 20.000 personnes investirent 15 millions de dollars ​dans ce schéma

alt

UNE ESCROQUERIE

TRÈS ACTUELLE

Bernard Madoff est le plus célèbre escroc ayant utilisé le système de Ponzi. Ce New-Yorkais a connu une ascension fulgurante dans la finance. En 1960, à 22 ans, il crée  une société de courtage avec 5000 dollars en poche : la Bernard Madoff Investment Securities. Celle-ci prospère en dépit d’une concurrence acharnée et rejoint le Nasd dans la décennie, dont les membres créeront le Nasdaq en 1971. En 15 ans, l’homme devient l’un des principaux acteurs financiers mondiaux, grâce à une niche de la finance : le grand public et les traders à l’activité restreinte. Bernard Madoff, grâce à son fonds Bernard Madoff Investment Securities et sa renommée, recueille des capitaux qu’il réinvestit par la suite dans des hedge funds. Au sommet au début des années 1990, il devient président du Nasdaq de 1990 à 1991 et en 1993.

Dans ce système, si la mise investie par les clients n’était pas récupérée, le schéma de Ponzi entrait en jeu : les capitaux placés par les nouveaux entrants permettaient de payer les clients précédents. Ainsi, les taux d’intérêt fixés, pouvant atteindre les 15%, étaient maintenus, et les investisseurs continuaient de faire confiance à Bernard Madoff.

Mais la crise boursière de 2008 a dévoilé au grand jour ses pratiques. Les investisseurs ayant engagé des capitaux dans sa société ont alors souhaité récupérer les sommes engagés. Impossible. Bernard Madoff a été condamné le 29 juin 2009 à 150 ans de prison.

Cette fraude boursière qui a débuté dans les années 1970 est la plus importante de l’histoire. De par son montant : l’escroquerie s’élève à 65 milliards de dollars (61,5 milliards d’euros); et son étendue géographique: les clients touchés venaient des 4 coins du monde. Des petits épargnants, fondations, investisseurs ont été floués, ainsi que des banques.Du côté de l’Hexagone, selon l’autorité des marchés financiers, 500 millions d’euros placés par des épargnants français auraient été perdus.

Les autorités financières, en particulier le gendarme américain des opérations boursières (Sec), n’y ont vu que du feu. Ce dernier a pourtant contrôlé le fonds d’investissement de Maddoff plus de 20 fois.

La Société Générale toutefois avait flairé l’imposture. Suite à un audit en 2003, elle avait estimé que le fonds de Maddoff dégageait des rendements bien trop élevés pour être crédible.

Publié dans Microfinance, Non-classé | Commentaires fermés sur La chaîne de Ponzi n’a rien à voir avec la microfinance !

Comment créer une véritable Institution de Microfinance ?

detail-for-savings-comic

Publié dans Microfinance, Réseau des Bretons de l'Etranger | Commentaires fermés sur Comment créer une véritable Institution de Microfinance ?

«Le seul moyen d’attirer les capitaux n’est plus seulement d’être rentable, mais d’être extrêmement rentable»

95-300x253Muhammad Yunus

Vikram_Akula_at_the_India_Economic_Summit_2008_cropped

Vikram Akula

Si l’on sait aujourd’hui qu’une entreprise va décrocher demain un gros contrat, il est inutile de parier sur la hausse du titre puisque le cours actuel intègre déjà cette information. Comme l’a montré le prix Nobel Eugène Fama, seules de nouvelles informations peuvent faire varier les cours mais il n’est par définition pas possible de les connaître à l’avance, sauf à se livrer à un délit d’initié. Ainsi, lorsque le marché a appris les suspicions de fraude qui pesaient sur Renault, le titre a décroché en quelques minutes de 20 %. Qui pouvait le prévoir ? Personne.

Afin de démontrer la pertinence de leur thèse, les économistes se sont livrés à de nombreuses expériences. Le Wall Street Journal a ainsi fait jouer un chimpanzé contre des traders, l’animal choisissant ses titres en lançant des fléchettes sur des étiquettes représentant chacune une action. Résultat des courses : le chimpanzé a fait aussi bien que les professionnels ! Une autre expérience a fait jouer une fillette de 4 ans, un trader et une astrologue à la Bourse de Londres : la petite fille s’en est mieux sorti que les deux autres joueurs. Plus récemment, en 2013, le Guardian a répété l’expérience avec un chat, dénommé Orlando, qui s’est confronté à une équipe de professionnels de la finance et à un groupe d’étudiants. Au bout d’un an, Orlando a affiché la meilleure performance, avec un gain de 4,2 % !

Patience. Quelles conclusions tirer de ces troublantes expériences ? Tout d’abord, qu’il est peut-être inutile de perdre son temps à décrypter les cours de Bourse et à écouter les conseils de professionnels. Il suffit d’investir au hasard dans l’indice CAC40, en s’en remettant par exemple… à la sagesse de son chat. Le hasard n’empêche toutefois pas la prudence : afin d’éliminer le risque lié à la détention d’un seul titre, il est judicieux de diversifier son portefeuille ou d’acheter un fonds indiciel. Surtout, la principale qualité pour réussir en Bourse réside dans la patience. Selon une étude de l’AMF, un investissement en actions françaises conservé sur la période 1988/2013 a procuré, avec réinvestissement des dividendes, un rendement annuel moyen réel de 5,81 %. C’est mieux que l’immobilier ou l’or.

Finalement, le fait que la Bourse soit un casino n’est pas vraiment un problème puisqu’elle procure à long terme un rendement positif. Elle devrait même inciter les amateurs de jeux de hasard à y investir leurs économies, plutôt que de les jouer au loto : à la Bourse au moins, on est sûr de gagner à tous les coups… à condition d’être patient.

Pour en savoir plus sur les liens entre micro crédit et bourse :

http://journaldesgrandesecoles.com/microcredit-et-bourse-un-mariage-ideal/

Publié dans Microfinance, Réseau des Bretons de l'Etranger | Commentaires fermés sur «Le seul moyen d’attirer les capitaux n’est plus seulement d’être rentable, mais d’être extrêmement rentable»

C’est alors que l’hôtelier, le boucher, l’éleveur de porcs, la coopérative agricole, le barman, la prostituée décidèrent de poursuivre l’expérience en créant une tontine…

img-2La scène se passe dans un petit village d’Irlande.

  1. Il tombe une pluie battante et les rues sont abandonnées.
    Les temps sont durs, tout le monde est endetté, tout le monde vit à crédit.
    Là-dessus arrive un touriste allemand riche.
    Il arrête sa belle voiture devant le seul hôtel de la ville et il entre.
    Il pose un billet de 100€ sur le comptoir et demande à voir les chambres disponibles afin d’en choisir une pour la nuit.
    Le propriétaire  de l’établissement lui donne les clés et lui dit de choisir celle qu’il veut.
    Dès que le touriste monte l’escalier, l’hôtelier prend le billet de 100€, file chez le boucher voisin et règle sa dette envers celui-ci.
    Le boucher, qui doit de l’argent à un éleveur de porcs, se rend immédiatement chez lui et lui donne le €100.
    L’éleveur à son tour règle ses dettes envers la coopérative agricole où il achète ses fournitures et le directeur de la coopérative court au pub, régler son compte au bar.
    Le barman, glisse le billet à la prostituée qui lui fournit ses services à crédit déjà depuis des semaines et celle-ci, qui utilise l’hôtel professionnellement, court régler son compte avec l’hôtelier.
    L’hôtelier pose le billet sur le comptoir là où le touriste l’avait posé auparavant.
    Là-dessus le touriste descend l’escalier, annonce qu’il ne trouve pas les chambres à son goût, ramasse son billet et s’en va…
    Personne n’a rien produit, personne n’a rien gagné, mais personne n’est plus endetté et le futur semble beaucoup plus prometteur…

C’est alors que l’hôtelier, le boucher, l’éleveur de porcs, la coopérative agricole, le barman, la prostituée décidèrent de poursuivre l’expérience en créant une tontine…

Lire : https://civilisations.revues.org/636

Publié dans Microfinance | Commentaires fermés sur C’est alors que l’hôtelier, le boucher, l’éleveur de porcs, la coopérative agricole, le barman, la prostituée décidèrent de poursuivre l’expérience en créant une tontine…

L’avantage coopératif pour le développement communautaire

Un numéro spécial du Journal of Entrepreneurial and Organizational Diversity

Ce numéro met l’accent sur la myriade de fonctions que peuvent assumer et qu’assument les coopératives en ce qui concerne la protection et le développement des communautés, ainsi que sur les tensions et les difficultés qui peuvent surgir durant le processus.

Des données empiriques ont démontré que les coopératives sont des organisations diversifiées qui répondent efficacement à une multitude de besoins socioéconomiques. Les organisations coopératives réussissent à répondre à une foule de besoins de l’existence et de manière plus démocratique et durable que les entreprises appartenant à des investisseurs. Fondées sur des principes et des valeurs uniques qui les distinguent des autres types d’entreprises, les coopératives incarnent ce que l’on appelle « l’avantage coopératif ».

Lire l’article (en anglais) et télécharger le PDF.

Source :  Journal of Entrepreneurial and Organizational Diversity

Publié dans Non-classé | Commentaires fermés sur L’avantage coopératif pour le développement communautaire

Micro-crédit: au lycée aussi, c’est possible

Des élèves s’engagent avec leurs professeurs pour aider des micro-entrepreneurs du monde. L’occasion pour eux d’apprendre les bases de la finance solidaire. Rencontre avec une classe de première STMG à Nantes, qui en a profité pour créer sa propre entreprise.

crepes

Nous les avons rencontrés à une semaine du bac de français, et pourtant ils étaient confiants et souriants, ces 14 élèves. Il y a de quoi ! Du haut de leurs 16 ans, ils ont monté leur propre entreprise. « Une SAS Coopérative, énonce fièrement la jeune Dilek. C’est une société par actions simplifiées dans laquelle on peut décider ensemble. Cela nous correspondait bien et ça nous a unis. »

Avant de créer leur structure, ils en ont parcouru du chemin. « On est d’abord allés à Paris, où nous avons rencontré Babyloan qui nous a présenté sa plateforme de micro-crédit solidaire». Cette rencontre a motivé la classe à récolter de l’argent pour faire un prêt solidaire à un micro-entrepreneur du bout du monde. « Là-bas on nous a parlé comme à des adultes », rapporte la jeune fille. Ils décident alors d’aller plus loin et de s’organiser sous la forme d’une véritable entreprise. L’occasion de comprendre les rouages de l’économie en mettant les mains dedans.

Zoom sur Babyloan

Babyloan est une plateforme qui propose aux internautes de prêter des fonds aux micro-entrepreneurs de quinze pays pour les aider à développer leur propre activité de subsistance.

L’association Babyloan Networks est une filière associative du groupe qui sensibilise les publics à l’ESS, à la microfinance et à la finance participative. Elle porte le projet Ma classe solidaire, qui vise à sensibiliser les jeunes à la citoyenneté solidaire.

« On a appris les comptes de résultat, les seuils de rentabilité, à réaliser des sondages auprès de la clientèle… On a écrit des affiches en espagnol… » Toutes les disciplines de la filière STMG ont été convoquées dans l’élaboration du projet.

babyloan

Leur propre entreprise comme exercice

« Sur la plateforme Babyloan, on a été touché par Christian Cesar, un Péruvien, qui cherchait 360 € pour s’acheter un four pour son restaurant. On a vu que ses enfants n’allaient pas à l’école, et on a eu envie de l’aider », témoigne Rémy. Il fallait alors récolter cette somme tout au long de l’année.

« On a lancé une entreprise d’événementiel : le jour de la chandeleur, on a fait des repas crêpes, et sur une autre journée, on a vendu des bracelets, confectionnés par nos soins. » Les bénéfices de chacune de ces deux journées sont allés droit dans les caisses de leur organisation, qu’ils ont choisi d’appeler : Solid’Action.

Logo, communication : chaque détail a compté dans l’année pour mener à bien les objectifs. « On a réalisé que ce n’était pas facile de rentabiliser son affaire ! Mais par exemple, on s’est rendu compte que la communication c’était super : venir parler du projet dans les classes ça nous ramenait plus de clients », raconte Remy comme un véritable PDG.

Anne-Flore Thiaut, enseignante d’économie et de sciences de gestion à l’initiative du projet est ravie : « C’était une classe introvertie et timide, et à travers ce projet, certains ont développé une vraie personnalité. Ils étaient obligés de s’entraider et de s’organiser. » Une autre professeure enchaîne : « On a l’habitude de s’appuyer sur des exemples d’entreprises dans nos cours, mais là c’est la leur ! C’est encore mieux.»

Se sentir unis et acteurs

Le seul regret des élèves : n’avoir aucun lien avec Christian César à qui ils ont pu prêter un micro-crédit de 360 €, à la fin de leur aventure. Fanny Plançon, la directrice du projet national de Ma classe solidaire justifie cela par un manque de moyens techniques entre chaque intermédiaire. L’entrepreneur n’étant pas forcément joignable facilement ni par la route, ni par internet. « Il y a aussi des raison éthiques : il ne s’agit pas là de correspondre avec son parent pauvre, surtout qu’en une année scolaire, les liens ne sont pas assez durables pour que ça soit vraiment intéressant pour les deux parties. »

Qu’à cela ne tienne du contact humain il y en a eu dans l’année. « On s’est beaucoup rapprochés, et on a rencontré d’autres projets lycéens. D’ailleurs l’un de nous part à la Cop 21 faire des doléances aux chefs d’états ! On lui a dit de faire un selfie avec Obama ! », s’amusent les lycéens.

babyloan2

Professeurs et élèves sont conquis : chacun s’est senti plus impliqué dans sa scolarité. Et l’année prochaine rebelote ! Quand Christian Cesar leur aura remis la somme prêtée, la classe, passée en terminale, pourra monter un projet plus conséquent pour aider une autre micro-entreprise, avec la leur. « Cette fois on privilégiera la proximité, avec le quartier dans lequel on vit, où il y a aussi des choses à faire. »

Passez à l’action !

Vous avez envie de faire de même dans votre établissement ? Déjà plus de 100 classes ont profité du kit pédagogique et de l’accompagnement « Ma classe solidaire ». 30 établissements se sont déjà engagés pour la rentrée prochaine.

Ma classe solidaire par Babyloan Networks from Videaux on Vimeo.

Il n’est pas nécessaire de créer une entreprise-école. « Nous avons une classe STMG qui a elle créé une association « Soutenons Tous le Micro-crédit pour la Générosité », mais aussi une classe de CM2 qui s’est très bien familiarisée avec les notions de micro-crédit et de financement. « Il s’agit plus de lever de l’intérêt que de lever des fonds. L’idée c’est de montrer aux jeunes qu’ils sont acteurs, qu’ils sont citoyens », explique la responsable Fanny Plançon, la directrice du projet national de Ma classe solidaire.

Vous n’êtes plus scolarisé ? Vous n’avez pas réussi à motiver votre classe ? Il est également possible d’effectuer des prêts individuels sur la plateforme Babyloan.

AUTEUR DE L’ARTICLE : Jeanne La Prairie
Publié dans Non-classé | Commentaires fermés sur Micro-crédit: au lycée aussi, c’est possible

Ces placements solidaires qui rapportent

Le Monde.fr | | Par Eric Leroux

En 2014, les sommes déposées sur les placements solidaires ont progressé de 13,6 % pour atteindre 6,8 milliards d'euros d'encours, selon le baromètre annuel publié le 18 mai par l'association Finansol.

Épargner solidaire est un acte de générosité. Cela conduit en effet à donner une partie de ses gains financiers à une association, ou à financer des entreprises et des organismes qui ne recherchent pas le profit afin qu’ils puissent exercer des missions très sociales (insertion dans le monde du travail, logement de personnes précaires…). Pendant longtemps cette épargne est restée moins rentable que les placements classiques, et était de ce fait réservée à des « militants » qui choisissaient de sacrifier une partie de leur rentabilité en échange d’un impact social.

De tels produits solidaires existent toujours. Mais de plus en plus de produits offrent aujourd’hui un rendement qui n’a pas à rougir par rapport au maigre 1 % du Livret A, ou aux 2,5 % (avant frais et prélèvements sociaux) servis en moyenne par les fonds en euros de l’assurance-vie. En voici 6, tous labellisés par l’association Finansol, qui permettent de combiner générosité et rentabilité.

Lire aussi : La revanche de l’épargne solidaire

  • Le Livret A du Crédit coopératif

C’est un Livret A comme celui proposé par toutes les banques, qui rapporte 1 % net par an, sans frais, ni impôt, ni prélèvements sociaux. Mais à la différence d’un Livret A ordinaire, il prévoit un mécanisme de partage : 25 à 100 % des intérêts sont reversés à une association favorisant l’accès au logement pour tous (Habitat et humanisme ou La Voûte nubienne). En 2014, ce livret a permis de verser 115 801 euros à ces associations.

Pour les épargnants, le gain net est légèrement inférieur à celui du Livret A classique en raison du don consenti. Mais comme ce don ouvre droit à une réduction d’impôt de 66 %, cela limite fortement la perte de rendement.

Exemple : une personne dispose de 10 000 euros sur ce Livret A et décide de reverser 50 % des intérêts. Elle percevra 50 euros d’intérêts et pourra réduire son impôt sur le revenu de 33 euros. Elle aura donc obtenu un gain de 0,83 %, pas très éloigné du 1 % délivré par les Livret A non solidaires.

  • Le compte « Prêt de chez moi », de la NEF

Inscrit dans la mouvance du financement participatif, le compte Prêt de chez moi permet de financer des porteurs de projets « respectueux de la personne et de son environnement », qui sont directement choisis par les contributeurs.

Le taux de rendement annuel s’élève de 1,50 % (brut de prélèvements sociaux et d’impôts) pour une durée de 27 mois, jusqu’à 1,95 % sur 62 mois. Ces intérêts sont imposables selon la tranche marginale d’imposition : ce compte est donc plus rentable qu’un Livret A pour les petits contribuables, mais moins pour les gros contribuables.

Deux bémols tout de même : le capital est bloqué et n’est pas garanti. En cas de défaillance d’un emprunteur, le risque de perte d’une partie de l’argent investi est réel. Pour limiter ce risque, un chargé de crédit de la Nef étudie tous les dossiers présentés et ne propose sur le site que ceux présentant le maximum de garanties.

Lire aussi : La finance participative solidaire émerge

  • Assurance-vie, des contrats solidaires

En 2014, le Crédit agricole a lancé une assurance-vie, le « contrat solidaire », dont le fonds en euros consacre 5 à 10 % de ses actifs au financement d’organismes solidaires (les supports financiers non garantis font de même). Ce fonds en euros n’est pas le plus performant du marché : avec un taux de 2,34 % (avant prélèvements sociaux et éventuels impôts), il a rapporté un peu moins que la moyenne des contrats d’assurance-vie l’an dernier (2,50 %). Comptez 2 % de frais sur les versements.

Un autre contrat solidaire, Entraid’Epargne de la Carac, est aussi labellisé par Finansol, mais il est moins engagé : l’acte de solidarité se traduit par un don, et non par un investissement dans les organismes solidaires. Son fonds en euros a rapporté 3,20 % l’an dernier.

La Maif commercialise aussi un contrat « responsable et solidaire », mais il n’est pas labellisé par Finansol qui requiert que 5 % des fonds au minimum soient affectés au solidaire. En effet, seules 1 % des sommes fructifiant dans ce contrat irriguent les organismes solidaires. Son fonds en euros a rapporté 3,10 % l’an dernier.

Lire aussi : Les assureurs se lancent timidement dans la finance solidaire

  • Le fonds « insertion emploi dynamique »

Ce fonds d’investissement géré par Natixis asset management est l’un des plus anciens fonds solidaires. Investi majoritairement en actions, il ne garantit pas le capital investi. Il affiche cependant une performance financière attractive : 9,8 % de progression sur un an, 59 % sur trois ans, et 46 % sur cinq ans. Il consacre 5 à 10 % de ses actifs au financement d’organismes solidaires ; le solde étant placé sur les marchés financiers classiques.

Il est destiné à des investisseurs avertis, qui acceptent de supporter une baisse : en 2011, il a ainsi perdu 16 % de sa valeur. Il existe aussi dans des versions moins dynamiques, au rendement inférieur. Ce fonds peut être acquis dans un simple compte titres, au sein d’un PEA, et il est également proposé dans plusieurs contrats d’assurance vie.

  • Les parts sociales de Spear

Les épargnants qui ont au moins cinq ans devant eux, et acceptent un risque – théorique – de perte ont la possibilité d’acheter des parts sociales de Spear (Société pour une épargne activement responsable). Les sommes apportées à cette coopérative permettent d’attribuer des prêts bancaires à des entreprises ou à des associations à fort impact social. Ce n’est pas l’épargnant lui-même qui prête (contrairement aux plateformes de prêt participatif), mais un établissement bancaire, ce qui limite fortement les risques en cas d’impayé.

Les sommes ainsi apportées à Spear permettent de recevoir une rémunération annuelle, comprise entre 1,25 et 2 % selon les années. Il s’y ajoute un avantage fiscal : une réduction d’impôt sur le revenu égale à 18 % de la somme investie, ou une réduction d’impôt de solidarité sur la fortune de 50 %. Le rendement réel, après réduction d’impôt, est donc supérieur à celui de la plupart des placements sans risque. Des frais de 3 % sont prélevés sur les sommes versées, afin de financer l’activité de la coopérative. En 2014, plus de 1,3 million d’euros ont été collectés par Spear permettant de financer sept projets.

  • Eric Leroux
    Journaliste au Monde
Publié dans Microfinance | Commentaires fermés sur Ces placements solidaires qui rapportent

L’autre microcrédit débarque en Europe

Les communautés autofinancées constituent une petite révolution dans le monde du microcrédit. Elles donnent accès au crédit à des populations généralement exclues du système bancaire formel.

«Si tu demandes 600 euros à ta banque, ils vont te réclamer des garanties de salaire à long terme et tu vas payer des intérêts élevés. Avec la communauté autofinancée (CAF), tu es entouré de gens de confiance, donc pas besoin de montrer patte blanche. Et les intérêts sont minimes.»Johany, un jeune comptable colombien, fait partie des représentants des CAF, nées en Espagne, réunis à la mi-décembre pour leur congrès annuel, à Barcelone. Cris d’enfants, rires, cuisine maison: l’ambiance chaleureuse ferait presque oublier que l’arrivée des CAF en Europe est une révolution dans le monde du microcrédit.Dans le cercle où les débats fusent, Jean-Claude Rodríguez-Ferrera, le fondateur de l’Association des communautés autofinancées (ACAF). C’est lui qui, de retour d’une étude de terrain au Venezuela où il a découvert l’existence de banques de prêt pour les pauvres gérées avec leurs propres fonds, les Bankomunales, a décidé d’importer cette nouvelle forme de crédit participative et solidaire en Europe. Les communautés autofinancées issues de ce voyage fondateur naissent du constat que les individus pauvres ne sont pas «absolument» pauvres et qu’ils maniaient déjà leurs propres outils d’épargne et de crédit avant l’entrée en lice du microcrédit popularisé par la Grameen Bank de Muhammad Yunus. En Bolivie, on parle de pasanacu, les Colombiens les nomment natilleras et les Sénégalais tontines.

Crédit photo : Emmanuel Haddad

Dépasser les limites du microcrédit

Quels que soient le nom et la forme des associations rotatives d’épargne et de crédit qui ont inspiré les CAF, l’idée est la même: un groupe de proches se réunit et chacun met de l’argent de côté une fois par mois. A partir de cette épargne collective, chaque membre peut obtenir un crédit à tour de rôle pour lancer un projet d’entreprise, acheter un appareil électro-ménager, un billet d’avion ou répondre à une dépense de santé imprévue. Dans ces communautés réunies autour d’une nécessité financière, l’élément économique est indissociable d’une plus-value sociale. Dans les pays en développement, les premières communautés repérées n’avaient d’ailleurs pas d’objectif financier; elles avaient pour «finalité d’unir leurs efforts pour accélérer des tâches spécifiques, comme la récolte des cultures agricoles ou la construction de logements», apprend-on dans L’autre microfinance, coécrit par Jean-Claude Rodríguez-Ferrera et Salomón Raydán, entrepreneur social qui déploie des Bankomunales un peu partout en Amérique latine. Si les deux entrepreneurs sociaux se sont tournés vers le système d’épargne informel, c’est que le système de microcrédit formel montre aujourd’hui ses limites. Muhammad Yunus lui-même l’a concédé: «En 1983, j’ai fondé la Grameen Bank pour que des gens, surtout des femmes pauvres, aient accès à de petits emprunts, afin de les sortir de la pauvreté. A l’époque, je n’aurais pas songé une seconde que le microcrédit pourrait enfanter son propre troupeau d’usuriers. Mais il l’a fait», écrivait le père du microcrédit dans le New York Times en janvier 2011. Intérêts de plus en plus élevés, surendettements qui mènent à des suicides et dépendance croissante des pauvres envers ces nouveaux intermédiaires qui poussent à prendre des crédits mais n’apprennent pas aux gens à épargner, tels sont les principaux écueils du diagnostic opéré tant par Muhammad Yunus que par Jean-Claude Rodríguez-Ferrera. «Les problèmes du microcrédit ont commencé en 2005», poursuit Muhammad Yunus. Tout comme les alternatives.

«De retour du Venezuela en 2005, j’ai décidé d’importer l’outil de prêts financiers autogérés et sans intermédiaires des Bankomunales fondées par Salomón Raydán. Ce fut une aventure, une folie, tant les gens ne croyaient pas à une implantation en Europe.» La grande différence avec le microcrédit tient au fait que les fonds ne viennent pas de l’extérieur mais de l’épargne communautaire, et que les crédits attribués servent à couvrir toutes les dépenses nécessaires au quotidien et non uniquement à lancer un projet d’entreprise. En 2006, Jean-Claude Rodríguez-Ferrera créait les premières «tontines améliorées» à Barcelone. Choisir l’Espagne comme première destination européenne, est-ce un hasard? Dans ce pays en crise où des milliers de familles se sont endettées pendant le boom économique des années 2000 et se retrouvent désormais à la rue, faute d’être des «clients solvables», les déçus du système bancaire sont légion.

Crédit photo : Emmanuel Haddad

Un atout pour les travailleurs immigrés

Sur la soixantaine de CAF montées cinq ans plus tard, la grande majorité est composée d’immigrés. «Ils y ont cru parce qu’ils l’avaient déjà vu chez eux», explique David, de l’ACAF, un jeune Colombien qui peut vous expliquer en deux heures comment créer votre propre CAF. Johany et les autres membres de la CAF Arepa avaient déjà tous participé à une natillera en Colombie. De son côté, Abdoulaye avait déjà monté une tontine avec sa femme et ses amis en Espagne quand Jean-Claude Rodríguez-Ferrera est venu lui parler d’un système plus sûr et plus pérenne en 2006. Ce jeune père de famille sénégalais a consulté ses proches et ils ont accepté.Depuis, il parcourt le monde pour expliquer la philosophie de la CAF, de la Tanzanie à l’Italie. Il revient alors sur ce que Jean-Claude Rodríguez-Ferrera lui a confié au début de sa «folle aventure»: comme les tontines, les communautés autofinancées visent à donner accès au crédit à des populations généralement exclues du système bancaire formel, mais en améliorant plusieurs aspects par rapport à ce mécanisme «informel mais efficace». Sa fiabilité, d’une part – si un membre ne rembourse pas, d’autres couvrent les frais; la caisse et sa clé sont gardées par deux personnes différentes, etc. –, et sa flexibilité, d’autre part – «une flexibilité particulièrement adaptée à la population des travailleurs immigrés en Europe. Car si, pour qu’une tontine fonctionne, tu ne peux pas quitter le navire avant la fin, avec la CAF, rien ne t’empêche de récupérer tes fonds et de partir», précise Abdoulaye. Et, enfin, l’aspect pédagogique, qui veut qu’outre la facilitation de fonds les membres d’une CAF doivent apprendre à gérer leur épargne et à participer à un collectif. On n’est pas loin des assemblées populaires d’indignés qui s’échinent à recréer une démocratie locale et directe dans les quartiers de Barcelone.

Crédit photo : Emmanuel Haddad

La crise, berceau de «solutions intelligentes»

Alors que le congrès touche à sa fin, chaque CAF revient sur les bons et les mauvais points de l’année passée. Un membre d’une communauté gérée par des jeunes âgés au maximum de 24 ans se félicite de la taille croissante des crédits octroyés – «et on disait que le système ne marcherait pas avec des jeunes», sourit Jean-Claude Rodríguez-Ferrera. Les membres handicapés de la CAF Pocapoc (néologisme de «peu à peu») ont pris confiance en leur capacité à gérer des questions d’argent. Seul hic du tour de table, une femme avoue que sa CAF vient tout juste de rouvrir: elle avait fait faillite après le départ de deux membres, crédit en poche. Mais grâce au système d’aval de la CAF, la somme emportée a été remboursée. Dans l’édition du week-end du quotidien La Vanguardia posée sur la table, Christian Oltra, enseignant-chercheur de sociologie à l’université de Barcelone, rend un hommage indirect aux membres des CAF: «Il est peu probable que la crise actuelle génère autre chose que de l’anxiété, le mal-être et l’appauvrissement des citoyens. Pourtant, la crise fait aussi que les gens sont plus disposés à apprendre et à chercher des solutions intelligentes, altruistes et innovantes aux problèmes.»

Un grand merci à David et Jean-Claude, de l’association ACAF, pour leur disponibilité.

Cet article a été publié sur le quotidien suisse Le Courrier vendredi 30 décembre 2011.
Publié dans Microfinance | Commentaires fermés sur L’autre microcrédit débarque en Europe